À l’aube de ses 80 ans, Roger Epiney regarde le Val d’Anniviers avec les yeux d’un pionnier. De l’époque où l’on s’entraînait presque en cachette jusqu’au pari fou du terrain de Mission, l’infatigable bénévole se confie sur une vie passée à bâtir, à rapprocher les clochers et à faire vivre le sport de toute une vallée.
« Une passion se vit »
« Qu’est-ce que vous pouvez bien trouver à une partie de hockey ou de football ? »
Pendant des décennies, Roger Epiney a entendu cette question. Une interrogation à laquelle il n’a jamais vraiment voulu répondre par la logique.
« Une passion se vit, mais ne s’explique pas. Et quand on se met dans la tête de la justifier, c’est qu’on n’y adhère pas totalement. »
Quelques mots qui, finalement, racontent à eux seuls une grande partie de sa vie.
Pour comprendre l’homme et mesurer le chemin parcouru, il faut remonter plusieurs décennies en arrière.
Quand courir faisait presque sourire
Dans les années 1960, transpirer en public n’avait rien d’une évidence. Ceux qui osaient courir le long des chemins étaient parfois regardés avec un mélange d’incompréhension et de curiosité.

Membres fondateurs et président du CO du 50e, trinquent à la santé du FC Anniviers
Roger aime rappeler les mots de Philippe Theytaz qui confiait à un journal de l’époque s’entraîner « à la tombée de la nuit, comme en cachette », sous le regard de villageois persuadés qu’il gaspillait son temps.
Plus loin dans la vallée, on s’amusait aussi à comparer l’endurance des sportifs à celle des braconniers d’autrefois, contraints de ruser et de courir pour échapper au garde-chasse.
Une autre époque, assurément.
Et c’est dans ce terreau fait de traditions, de caractères bien trempés et de rivalités de clochers qu’il a fallu imaginer quelque chose qui paraissait alors loin d’être évident : réunir six villages sous une même bannière sportive.
Une aventure menée notamment avec Luc Epiney, premier président du club et lui-même adepte des mythiques 100 km de Bienne.
Mission, le pari un peu fou
Mais les idées, aussi belles soient-elles, ne suffisent pas. L’histoire s’écrit à la sueur du front. Avant l’ère des ordinateurs, de Word et des correcteurs automatiques, c’est à la force d’une antique machine à écrire — où il fallait souvent tout recommencer pour une simple faute de frappe — que Roger a écrit et offert au HC Sierre le livre *« Une équipe dans la ville – 50 ans de hockey en pays sierrois »*, en collaboration avec Jean-Claude Pont. Une exigence et une rigueur qu’il a mises au service de toute la région, que ce soit sur la glace ou pour rédiger l’historique du FC Anniviers.

Les finalistes du tournoi des Légendes organisé dans le cadre du 50e du FC Anniviers
Sur le terrain, le défi allait être d’une tout autre dimension.
De toutes les entreprises auxquelles il a participé, Roger le reconnaît volontiers : la création du terrain de football de Mission fut sans doute le pari financier le plus risqué et le plus fou partagé avec ses compagnons de l’époque.
Un chantier immense, réalisé avec des moyens qui feraient sourire aujourd’hui, où la pelle, la pioche et surtout les bras des bénévoles tenaient une place essentielle.
Il fallait y croire.
Eux y ont cru.
Le terrain de cette époque n’existe plus. Emporté des années plus tard par une inondation, il a depuis laissé place à une magnifique surface synthétique. Mais l’aventure née de la pelle, de la pioche et de l’engagement de ces pionniers, elle, continue.
Un demi-siècle au service du sport
Des décennies à donner du temps, à construire, organiser, convaincre et transmettre.
Aujourd’hui, à l’approche de ses 80 ans, Roger mesure le chemin parcouru avec un regard forcément différent.
Et lorsqu’il observe ce qu’est devenu le FC Anniviers, ce ne sont peut-être pas les résultats ou les classements qui comptent le plus.
Bien davantage qu’un club de football
Dans une vallée qui évolue et où de nouveaux visages viennent désormais écrire leur propre histoire, le football joue un rôle qui dépasse largement les limites du terrain.
Reprenant les mots du comité du cinquantenaire, Roger Epiney aime le rappeler : le FC Anniviers est devenu un formidable ciment entre les générations et les habitants de la vallée.
Une passerelle pour celles et ceux qui arrivent, un lieu où l’on se rencontre, où les enfants grandissent ensemble et où l’appartenance à une même vallée prend parfois naissance autour d’un ballon.

La présidente du FC Anniviers Leslie Melly
C’est peut-être là, finalement, la plus belle victoire de tous ceux qui ont construit cette aventure.
À une époque où l’on cherche volontiers les héros sous les projecteurs, l’histoire de Roger Epiney rappelle que certains bâtisseurs ont travaillé loin des caméras.
Avec une machine à écrire, une pelle, une pioche, quelques idées un peu folles et beaucoup d’heures offertes aux autres.
Et avec cette conviction qui, à bientôt 80 ans, n’a pas pris une ride :
« Une passion se vit, elle ne s’explique pas. »
Texte : Stéfanie Rossier
Photos : Roger Epiney et Patrick Zufferey
Découvrez également :
Jean-Christophe Carrupt, le bénévole enthousiaste et infatigable
Pascal Lehmann, le cœur en forme de puck
Retrouvez régulièrement sur Planète-Sports les portraits, les reportages et les résultats du sport régional entre Vevey et Sierre.
Découvrez tous nos articles sur la page d’accueil de Planète-Sports.
Vous connaissez un jeune talent, un bénévole, un dirigeant ou une manifestation sportive qui mérite d’être mis en lumière ?
Contactez la rédaction de Planète-Sports : redaction@planete-sports.ch
Vous aimez nos portraits et nos reportages ? Soutenez Planète-Sports en devenant membre de notre association. https://planete-sports.ch/devenir-membre