PÉTANQUE – Nicolas Matthey, du gardien de but au cercle de pétanque

Il a longtemps porté les jambières et les gants d’un gardien de hockey. Aujourd’hui, Nicolas Matthey s’apprête à défendre les couleurs suisses aux Championnats du monde de pétanque en Thaïlande. 

Entre les patinoires neuchâteloises, les campings de son enfance et les boulodromes québécois, son parcours raconte une passion inattendue. Mais aussi l’histoire d’un homme qui n’oublie jamais ceux qui l’ont aidé à progresser.

Le hockey dans les pas de son père

Enfant, Nicolas Matthey rêvait de suivre les traces de son père, gardien de hockey. Il grandit dans l’ambiance des patinoires neuchâteloises, rejoint les juniors du HC Young Sprinters et connaît quelques sélections cantonales.

Comme beaucoup de jeunes sportifs, il nourrit l’espoir de vivre un jour de sa passion. Mais le hockey professionnel restera un rêve.

Nicolas n’en conserve pas moins ce qui allait devenir l’un des fils conducteurs de sa vie : le goût de la compétition, la capacité à gérer la pression et l’envie de toujours progresser.

La suite de son parcours va pourtant prendre une direction que personne, pas même lui, n’aurait imaginée.

Du camping familial aux boulodromes québécois

La pétanque, Nicolas la découvre bien avant son départ pour le Canada. Enfant, il y joue pendant les vacances d’été, dans le camping où ses parents possèdent une caravane. À cette époque, les boules sont surtout synonymes de détente et de moments partagés en famille.

Quelques années plus tard, lorsqu’il s’installe au Québec pour un séjour de trois ans, ce souvenir de vacances va prendre une importance inattendue.

À son arrivée, Nicolas n’a pas encore trouvé d’emploi. Dans ce nouvel environnement, il cherche à faire des rencontres et à s’intégrer. Il décide alors de se rendre au boulodrome de Québec.

« C’était une activité pour moi pour sociabiliser. Quand on arrive dans un nouveau pays, ce n’est pas toujours évident. »

La pétanque lui ouvre des portes. Autour des terrains, il noue des contacts, découvre une communauté accueillante et retrouve peu à peu ses repères.

Mais son tempérament de compétiteur ne tarde pas à refaire surface. Les parties amicales laissent place aux compétitions officielles. Nicolas participe notamment aux championnats québécois et canadien, avec différents partenaires.

Ce qui n’était qu’un jeu de vacances devient progressivement une véritable passion sportive.

L’histoire ne manque pas de saveur : parti vivre au pays du hockey, c’est finalement grâce à la pétanque que l’ancien gardien de but trouve ses marques et découvre une nouvelle ambition.

Gaëtan Cournède, la rencontre décisive

De retour en Suisse en 2014, Nicolas ressent toujours ce besoin de compétition. Il décide de se consacrer sérieusement à la pétanque, avec l’envie de réaliser de beaux résultats.

Son passé de gardien de hockey lui apporte quelques atouts précieux.

« Le côté concentration qu’on a en tant que gardien de but, la concentration est tout aussi élevée aussi pour la pétanque. »

Dans les cages comme sur un terrain de pétanque, il faut savoir rester calme, anticiper et répondre présent lorsque tout se joue.

Mais c’est une rencontre au boulodrome d’Yverdon qui va véritablement accélérer sa progression.

Gaëtan Cournède, arrivé de l’Aveyron, possède une solide expérience de la pétanque de compétition française. Les deux hommes se découvrent les mêmes ambitions et décident de faire équipe.

Nicolas ne cherche pas à s’attribuer seul leurs succès.

« C’est clairement lui qui m’a appris à jouer à la pétanque de compétition. »

Au fil des années, une solide complicité se construit. Gaëtan apporte sa lecture tactique, Nicolas son engagement et sa concentration. Ensemble, ils apprennent à se connaître, à identifier leurs moments de faiblesse et à adapter leur jeu.

Nicolas se souvient notamment d’un quart de finale des Championnats suisses à Delémont. Alors que la partie tourne mal, les deux partenaires décident d’inverser leurs positions. Un changement inhabituel, mais décisif : ils atteignent finalement la finale, qu’ils perdront.

Pour Nicolas, cette anecdote résume leur force : la confiance, la complémentarité et la capacité à se remettre en question.

Une équipe suisse plus exigeante et plus soudée

Après une première participation aux Championnats d’Europe en 2019, Nicolas découvre les Mondiaux en 2021. Appelé à la suite du désistement d’un joueur, il occupe alors un rôle de remplaçant.

Il joue peu, mais observe beaucoup. Il découvre surtout l’intensité d’une compétition internationale qui ressemble davantage à un marathon qu’à un tournoi ordinaire.

Aujourd’hui, il aborde son nouveau rendez-vous mondial avec davantage d’expérience et une préparation nettement plus structurée.

L’arrivée du sélectionneur Jean-Philippe Soricotti a marqué un tournant dans le fonctionnement de l’équipe nationale.

Exercices techniques filmés, analyses statistiques, évaluations individuelles et stages de préparation : les exigences sont élevées. Chaque joueur doit rendre compte de son travail et démontrer son engagement.

Nicolas apprécie cette rigueur, qu’il considère comme un facteur de progression.

Il estime d’ailleurs que la formation suisse qui se rend en Thaïlande est mieux préparée et plus soudée que celles des années précédentes. Les compétitions disputées ensemble, notamment en France, ont également permis aux quatre sélectionnés de mieux se connaître.

Sur le plan personnel, Nicolas s’entraîne deux à trois fois par semaine, durant deux à trois heures par séance. Souvent seul, il répète les exercices demandés, filme ses performances et analyse ses résultats à différentes distances.

Un investissement considérable, qu’il doit concilier avec son activité professionnelle et les déplacements en compétition.

Les ambitions sont réelles, mais le discours reste mesuré.

« Comme compétiteur, on va pour gagner », explique-t-il, tout en reconnaissant que le niveau international est extrêmement élevé.

Une médaille serait évidemment magnifique. Mais Nicolas veut avant tout être à la hauteur de sa préparation et donner le meilleur de lui-même.

Derrière le compétiteur, un homme reconnaissant

À ses ambitions internationales s’ajoute une autre responsabilité : la présidence de son club de pétanque.

Ancien vice-président, Nicolas a accepté de reprendre cette fonction après le départ de son prédécesseur. Il peut compter sur un comité et des membres engagés, mais les responsabilités s’accumulent.

Entre son travail, les entraînements, les compétitions et la gestion du club, les journées sont parfois bien remplies.

Lorsqu’il évoque cet équilibre, Nicolas tient pourtant à mettre une personne en lumière avant toutes les autres : sa compagne.

« J’ai une compagne extraordinaire qui me soutient dans ma passion et dans mes démarches. »

Elle l’encourage à prendre le temps nécessaire pour s’entraîner, participer aux compétitions et s’occuper de son club. Un soutien qu’il évoque avec une émotion et une sincérité perceptibles.

« Si elle n’était pas là pour moi, je n’arriverais pas à tout concilier. »

Derrière le joueur qui s’apprête à représenter la Suisse se trouve ainsi un homme pleinement conscient des sacrifices et de la compréhension que ses engagements demandent à son entourage.

Et lorsqu’il parle de sa réussite, Nicolas pense d’abord à ceux qui la rendent possible.

Une relève à encourager

Son rôle de président lui donne également l’occasion de réfléchir à l’avenir de la pétanque suisse.

Nicolas se réjouit des performances de la jeune génération, notamment de ces juniors devenus vice-champions d’Europe. Mais il regrette que les jeunes soient encore trop peu nombreux dans les clubs.

Il cite notamment l’école de pétanque de Clarens, exemple d’un travail de formation qu’il aimerait voir se développer.

À ses yeux, la discipline doit aussi faire évoluer son image. Sans renoncer à la convivialité qui fait partie de son identité, elle doit davantage mettre en valeur ses exigences sportives, la formation et la compétition.

Car la pétanque ne se résume pas aux parties entre amis. À haut niveau, elle demande des heures de travail, de la précision, de la stratégie et une véritable maîtrise de soi.

Un message que Nicolas aimerait transmettre aux générations futures.

Des patinoires aux terrains de pétanque, la même fierté

Lorsqu’on lui demande ce que toutes ces années de compétition lui ont appris, Nicolas répond simplement :

« On n’obtient pas de résultats sans travail. »

Il ajoute aussitôt l’importance de faire confiance à ses partenaires. Dans une équipe, personne ne gagne seul.

Cette conviction traverse tout son parcours.

Et puis il y a ses parents.

Autrefois, ils venaient l’encourager sur les patinoires de Neuchâtel. L’arrêt du hockey avait laissé une certaine tristesse, tant ils appréciaient ces moments partagés autour de leur fils.

Aujourd’hui, ils le suivent sur les terrains de pétanque lorsque l’occasion se présente. En 2024, ils étaient à Martigny pour les Championnats d’Europe. Un souvenir chargé d’émotion.

Ils auraient aimé l’accompagner en Thaïlande, mais la longueur du voyage et leur santé ne le permettent pas. Nicolas espère donc obtenir une nouvelle sélection européenne, suffisamment proche pour qu’ils puissent à nouveau vibrer à ses côtés.

Et lorsqu’on lui demande ce qu’aurait pensé le jeune gardien de hockey s’il avait su qu’un jour il représenterait la Suisse aux Championnats du monde de pétanque, sa réponse fuse :

« J’aurais dit : c’est pas possible ! »

À l’époque, seul le hockey occupait ses rêves.

Aujourd’hui, Nicolas Matthey s’apprête à défendre les couleurs de son pays dans une discipline qu’il n’avait jamais imaginé pratiquer à ce niveau.

Il a changé d’équipement, de terrain et de partenaires. Mais il a conservé son esprit de compétition, son goût de l’effort et cette fidélité aux personnes qui ont jalonné son parcours.

Nicolas Matthey a changé de sport. Pas de passion.

Texte : Macha

Photos : Archives de Nicolas Matthey

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