Troisième des Championnats suisses Élites de saut en hauteur, Léo Courtine nous raconte ce que le public ne voit jamais : les heures d’attente, le dialogue intérieur, la gestion des émotions et ce qui reste lorsque les applaudissements s’éteignent.
Derrière une médaille de bronze aux Championnats suisses Élites se cache une réalité bien différente de celle que le public aperçoit. Entre attente, maîtrise des émotions, visualisation et retour à une vie toute simple, Léo Courtine nous ouvre les portes d’un univers où la plus grande victoire se construit souvent loin des regards.

Après l’adrénaline, retrouver la simplicité
Quand la compétition s’arrête, que la médaille est autour du cou et que le stade commence doucement à se vider, la première chose dont j’ai envie… c’est d’un truc tout simple. Rester dehors, prendre un jus, discuter et rigoler avec mes proches. Retrouver la vraie vie, loin du bruit et du chrono.
C’est un moment à la fois court et essentiel pour relâcher la pression et redescendre après une telle décharge d’adrénaline.
Le saut en hauteur : un sport où l’on apprend surtout à attendre
À la télévision ou depuis les tribunes, on ne retient souvent que cette ultime seconde où l’on s’élance vers la barre. Pourtant, le saut en hauteur est avant tout un sport d’attente et de patience.

Pendant des heures, au milieu du terrain, on reste assis sur un banc à regarder les concurrents passer les uns après les autres. Dans ces moments-là, mon cerveau passe en mode gestion. Je m’allonge pour couper le visuel, je travaille ma respiration afin de faire redescendre le rythme cardiaque et, surtout, je visualise.
Je rejoue le saut idéal, la trajectoire parfaite dans ma tête. Puis, lorsque mon tour approche, je remets progressivement la machine en route, je réactive mon corps et mon esprit avant de retrouver la piste.
Une médaille ne change pas les personnes qui comptent
Les gens imaginent parfois qu’un podium aux Championnats suisses Élites transforme radicalement un quotidien ou une personnalité.
Pourtant, avec mes proches, rien n’a vraiment changé. Ce sont exactement les mêmes qu’au premier jour, ceux qui répondent présents dans les hauts comme dans les bas.
S’il y a une différence depuis ce week-end, c’est peut-être cette petite étincelle dans leur regard. Ils me voient simplement comme quelqu’un qui a mûri, qui a franchi une étape et qui continue à grandir.

La vraie hauteur se construit loin des regards
Si un jeune du club me regardait sauter ce jour-là, j’aimerais qu’il voie bien davantage que la barre franchie ou la célébration.
J’aimerais qu’il imagine toutes ces heures passées à l’entraînement, les périodes de doute, les baisses de forme, les émotions qu’il faut apprendre à maîtriser et tous ces détails invisibles que l’on ajuste, jour après jour, dans le silence.
Car la hauteur, ce n’est pas seulement cette seconde où l’on semble voler au-dessus d’une barre.
La véritable performance naît bien avant cet instant. Elle se construit dans l’ombre, à force de patience, de discipline et de persévérance. Et si une médaille récompense un saut, elle raconte surtout tout ce que personne n’a vu pour qu’il devienne possible.
Texte : Stéfanie Rossier
Photos : swiss athletics et de fastframe
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