Il y a des victoires qui racontent une histoire, celle d’une patience récompensée sous le ciel d’hiver.
À Pass Thurn, sur ces pentes autrichiennes qu’il connaît par cœur, Gaël Zulauf a enfin transformé ses espoirs en or. Récit d’un sacre tout en retenue.

Le goût de la consécration
Sur la piste, le temps s’arrête, mais pour Gaël Zulauf, tout semble s’être accéléré. Après avoir souvent effleuré la gloire, le skieur du Pays-d’Enhaut a décroché ce week-end sa toute première médaille d’or européenne. Un exploit majeur, une première victoire qui sonne comme une évidence pour celui qui dompte la pente avec une précision d’orfèvre. Pourtant, au moment de savourer, l’homme préfère la lucidité au vertige : « Je pense que cette année je connaissais mon potentiel sur cette piste. Mais je ne pense pas que ça changerait grand-chose par rapport à la saison dernière », confie-t-il. Une manière de dire que le talent était déjà là, n’attendant que son heure.

L’âme du chasseur
Dans le portillon de départ, l’étiquette de vainqueur pourrait peser des tonnes. Pas pour lui. Malgré ses quatre podiums passés et ce nouveau titre qui le propulse parmi l’élite, Gaël cultive l’instinct de celui qui a tout à conquérir. « Je faisais déjà partie de ceux qui prétendent à la victoire en ce début de saison », analyse-t-il avec une pointe de défi dans la voix. « Je ne pense pas que cette victoire change mon statut au départ. En occupant la 4e place du général, je reste plutôt chasseur que chassé. » Une philosophie de vie autant qu’une tactique de course : ne jamais se sentir arrivé pour ne jamais cesser de courir.
L’équilibre des racines
Derrière le descendeur lancé à pleine vitesse se cache un homme de la terre. C’est peut-être là, dans le silence des alpages et la rigueur de l’exploitation familiale, que Gaël puise sa force la plus profonde. Loin du vacarme de la Coupe d’Europe, le retour aux sources agit comme une boussole. Lorsqu’on lui demande si cet ancrage paysan est son secret pour affronter la tempête médiatique, il acquiesce avec la simplicité des gens de cœur : « Oui, je pense que ça me permet de relativiser et de pouvoir garder les pieds sur terre. »

Entre la glace vive des sommets et la terre ferme de ses origines, Gaël Zulauf a trouvé son équilibre. Sa médaille d’or brille désormais d’un éclat particulier : celui d’un athlète qui n’a pas besoin de crier sa victoire pour qu’elle résonne dans tout le Pays-d’Enhaut.
Texte : Stéfanie Rossier
Photos : Archives Gaël Zulauf et PhotoevenementGillesBaron