Emily Vaudan : la ligne de crête

En 2015, un pari lancé entre amies lui fait découvrir le trail. Dix ans plus tard, Emily Vaudan termine neuvième de la Diagonale des Fous, à La Réunion, après une saison marquée par une sérieuse blessure. Entre son activité professionnelle, ses engagements et sa passion de la montagne, la Valaisanne a appris à avancer avec détermination, sans perdre ce qui l’anime depuis ses débuts : le plaisir de courir et la liberté des grands espaces.

Un pari entre amies qui change tout

Tout commence en 2015, au lendemain d’une soirée festive. Autour d’une table, son amie Romy Moret lui lance un défi : participer au Trail Liddes-Verbier, une épreuve de 29 kilomètres et quelque 2 500 mètres de dénivelé positif.

Emily accepte, presque sur un coup de tête. Sans préparation spécifique pour une telle distance, elle prend le départ quelques mois plus tard. À sa propre surprise, elle décroche une place sur le podium féminin.

Mais au-delà du résultat, cette première expérience lui ouvre de nouveaux horizons. La montagne, qu’elle fréquentait déjà pour le plaisir, devient progressivement son terrain de jeu favori. Elle y découvre une discipline qui associe effort, aventure, rencontres et liberté.

Ce qui n’était qu’un pari entre copines va prendre une place considérable dans sa vie.

Trouver du temps pour vivre sa passion

Entre ses activités professionnelles dans les domaines de la comptabilité et des assurances, ses engagements dans la vie locale et les exigences de l’ultra-trail, Emily doit composer avec un emploi du temps chargé.

Pour elle, la solution passe par une organisation rigoureuse, mais aussi par quelques habitudes devenues indispensables.

« J’effectue la majorité de mes séances durant la pause de midi. Cette parenthèse sportive au milieu de la journée est devenue essentielle pour moi. Elle me permet de couper complètement avec le travail, de prendre l’air, de me ressourcer et de revenir plus concentrée pour l’après-midi. »

Les week-ends sont réservés aux longues sorties en montagne. C’est là qu’elle accumule les heures d’effort et le dénivelé nécessaires pour préparer des épreuves qui peuvent durer plusieurs dizaines d’heures.

Mais cette organisation bien rodée va être sérieusement bouleversée au début de l’année 2025.

Février 2025 : une blessure qui remet tout en question

Alors qu’elle envisage de participer à la Diagonale des Fous, l’une des épreuves les plus exigeantes du calendrier international, Emily est victime d’une blessure au col du fémur.

L’arrêt est brutal. Ses projets sportifs deviennent incertains.

« Lorsque je me suis blessée, j’ai vécu un véritable coup d’arrêt. La Diagonale des Fous représentait un objectif important, et voir tous mes projets s’effondrer en quelques secondes a été très difficile à accepter. Au début, il y a eu beaucoup de frustration, d’incompréhension et même de peur de ne jamais retrouver mon niveau. »

Pour une sportive habituée à parcourir les sentiers, l’immobilisation et la rééducation constituent une épreuve aussi mentale que physique.

Emily doit réapprendre à patienter, à écouter son corps et à accepter une progression qui ne dépend plus uniquement de sa volonté.

« J’ai dû lâcher prise, accepter de ne plus pouvoir avancer comme je le fais habituellement et me concentrer sur ce que je pouvais contrôler : la rééducation, les petits progrès du quotidien et la patience. »

Peu à peu, elle retrouve confiance. Cette période difficile lui apporte aussi un autre regard sur sa pratique sportive.

« J’ai appris à écouter davantage mon corps, à respecter ses limites et à retrouver confiance étape par étape. »

La Diagonale des Fous : 36 heures pour retrouver le bonheur de courir

En octobre 2025, huit mois après sa blessure, Emily se présente finalement au départ de la Diagonale des Fous, à La Réunion.

Devant elle, environ 175 kilomètres et 10 000 mètres de dénivelé positif, sur un parcours réputé pour ses difficultés techniques, ses fortes variations de température et ses longues ascensions.

La fatigue s’accumule au fil des heures. Mais Emily a appris à gérer ces moments où le corps et l’esprit commencent à montrer leurs limites.

« Le plus difficile n’a pas été un passage précis, mais plutôt l’accumulation de fatigue au fil des heures, lorsque le corps devient lourd et que l’esprit commence à négocier avec lui-même. »

Sa méthode consiste alors à ne jamais se laisser submerger par l’ampleur de la tâche.

« Je me concentre sur l’instant présent, sur les gestes simples : manger, boire, avancer jusqu’au prochain ravitaillement. »

Et lorsque le doute s’installe, elle repense aux mois précédents, à sa blessure et à tous les efforts nécessaires pour retrouver le chemin de la compétition.

« Quand on a connu l’incertitude de ne pas savoir si l’on pourra recourir un jour normalement, on apprécie chaque kilomètre différemment. »

Après 36 heures et 25 minutes d’effort, Emily franchit la ligne d’arrivée au stade de La Redoute, à Saint-Denis.

Elle termine à une remarquable neuvième place féminine.

Au-delà du classement, cette performance prend une dimension particulière. Quelques mois auparavant, elle ignorait encore si elle pourrait retrouver son niveau. La voilà désormais parmi les dix premières femmes d’une des courses les plus redoutées du monde.

De nouveaux rêves au-delà des chronomètres

La Diagonale des Fous n’a pourtant pas mis un terme aux ambitions d’Emily.

Après plusieurs participations à l’Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB), elle regarde désormais vers d’autres grandes aventures.

Deux épreuves occupent une place particulière dans ses rêves : la Hardrock 100, aux États-Unis, et le TOR des Géants, en Italie.

« Ce sont deux épreuves mythiques, très différentes, mais qui incarnent parfaitement ce que j’aime dans l’ultra : l’aventure, l’engagement, la gestion de l’inconnu et l’immersion totale dans la montagne pendant plusieurs jours. »

Pour autant, ses envies ne se limitent pas aux compétitions.

« J’ai aussi envie de vivre davantage de projets personnels en montagne. Partir plusieurs jours en autonomie, explorer de nouveaux itinéraires ou relier des sommets sans forcément chercher un chrono sont des aventures qui m’attirent énormément. »

Dix ans après son premier trail, Emily Vaudan continue donc de regarder vers de nouveaux horizons.

Les podiums et les performances font partie de son histoire. Mais ils ne résument pas ce qui la pousse à enfiler ses chaussures et à repartir sur les sentiers.

Après les doutes, la blessure et les longues heures d’effort, une envie demeure : découvrir ce que la montagne lui réserve encore.

Texte : Stéfanie Rossier

Photos : Nyl_photo

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