Pendant qu’Éléa enfile ses crampons sous les couleurs du FC Sion en Ligue B, Jade ajuste ses étriers avant d’entrer en piste. L’une vit au rythme des passes, des duels et des 90 minutes d’un match de football ; l’autre joue son parcours en une minute trente, en parfaite complicité avec son cheval. Deux univers très différents, mais une même passion de la compétition, portée par l’humour, le respect et une belle complicité familiale.
Du vacarme des tribunes au silence des paddocks
Chez les Métrailler, les week-ends ne ressemblent jamais vraiment à ceux d’une famille ordinaire. Ils se partagent entre les terrains de football et les pistes de saut d’obstacles, deux décors aux ambiances presque opposées.
Éléa est la première à souligner ce contraste :
« C’est surtout l’ambiance qui change complètement. Dans le football, tout est beaucoup plus dynamique et collectif, alors qu’en équitation, il faut vraiment s’adapter à son cheval et à ses réactions. »

Photo : Fabienne Bujard Photobujard
Jade, elle, observe le monde du ballon rond avec un regard amusé :
« Ce qui me fait toujours rire, c’est qu’au football, tout le monde crie énormément ! Et j’ai l’impression qu’on voit beaucoup plus de chutes qu’à cheval… heureusement, souvent pour moins grave ! Et surtout, qu’est-ce que c’est long, un match ! Moi, j’ai l’habitude de tout donner sur un parcours d’environ une minute trente. Le stress, l’adrénaline : tout se joue très vite. Éléa, elle, doit tenir pendant 90 minutes. »
D’un côté, un effort collectif qui s’étire dans le temps. De l’autre, une poignée de secondes où la moindre hésitation peut faire basculer un parcours.
Les parents, champions de l’ombre
Derrière les performances des deux sœurs se cache une organisation familiale parfaitement rodée. Entre les entraînements, les matchs et les concours hippiques, leurs parents ont avalé des milliers de kilomètres et vécu toutes les émotions possibles.
Pour Éléa, la récompense est toute trouvée :
« Ils mériteraient la médaille d’or du kilométrage ! Papa vit nos matchs et les concours à fond, tandis que maman enchaîne les kilomètres tout en stressant dès que ma sœur monte un cheval un peu compliqué. Ils en ont vécu, des choses, avec nous ! Mais surtout, ils sont toujours à fond derrière nous. »
Jade leur décernerait même deux trophées :
« Pour les kilomètres, il n’y a aucune hésitation : entre les terrains de football, les entraînements et les concours hippiques, ils connaissent presque les autoroutes par cœur ! Mais pour la gestion du stress, je donnerais une mention spéciale à mon père. Il reste tellement calme qu’on se demande parfois s’il stresse vraiment… même si nous savons que oui. »
Des chauffeurs, des supporters, des confidents et parfois des gestionnaires de crise : les parents Métrailler occupent tous les rôles sans jamais quitter le bord du terrain.

Les débuts D’Eléa au FC Troistorrents Photo: Vincent Métrailler
Dix coéquipières ou un partenaire de 500 kilos ?
Qui prend le plus de risques ? Celle qui doit faire confiance à dix coéquipières ou celle qui forme un duo avec un cheval de 500 kilos, capable de changer d’avis au dernier moment ?
Éléa accorde volontiers le trophée à sa sœur :
« Faire confiance à dix coéquipières, c’est déjà beaucoup. Mais faire confiance à un partenaire de 500 kilos qui peut décider de faire exactement l’inverse de ce que tu avais prévu… je pense que c’est encore un autre niveau ! »
Jade apporte pourtant une réponse plus nuancée :
« Nous prenons toutes les deux des risques, mais ils sont très différents. Avec un cheval, on construit au fil du temps une véritable relation de confiance. Éléa, elle, se retrouve face à des joueuses qu’elle ne connaît pas et qui sont là pour l’empêcher de passer, avec parfois des contacts assez engagés ! Un cheval peut te faire tomber ou te blesser, bien sûr, mais il ne le fera jamais avec l’intention de te faire du mal. Finalement, je ne suis pas certaine que ce soit moi qui prenne le plus de risques. »

Photo : Pénélope Padula
Une réponse qui résume parfaitement leurs deux disciplines : la confiance est indispensable dans les deux cas, mais elle ne se construit pas de la même manière.
Après l’effort, le match des petites phrases
Une fois la compétition terminée, la finesse de l’analyse laisse rapidement place aux taquineries.
Éléa reconnaît prendre un malin plaisir à commenter les prestations de sa sœur :
« Je lui dis souvent : “Franchement, ton cheval aurait pu faire mieux !” Comme si c’était lui qui avait réalisé une mauvaise performance et que j’étais son entraîneuse. Elle doit parfois avoir envie de me rappeler que je ne sais même pas monter à cheval. »
Jade ne tarde évidemment jamais à riposter :
« Si elle rate son tir, je peux lui dire qu’elle ne peut s’en prendre qu’à elle-même ! Moi, j’ai toujours une petite excuse : dans mon sport, nous sommes deux. Je peux faire les choses correctement, mais la réussite dépend aussi de mon cheval, de sa forme, de son envie et parfois, tout simplement, de son humeur du jour. »

Eléa portant le maillot de la première équipe du FC Sion Photo : Kalan Lopez
Le duel se poursuit donc bien après le coup de sifflet final ou le franchissement du dernier obstacle.
Le calme de Jade contre la rage de vaincre d’Éléa
Sous les plaisanteries se cache pourtant une profonde admiration. Chacune reconnaît chez l’autre une qualité qu’elle aimerait pouvoir lui emprunter.
Éléa envie la sérénité de son aînée :
« Je lui volerais clairement son calme. Elle arrive à rester beaucoup plus posée dans les situations où, moi, je peux rapidement me mettre la pression. Cela me servirait énormément sur un terrain, surtout dans les moments importants. »
Jade, de son côté, aimerait s’approprier l’instinct de compétitrice de sa sœur :
« Je lui volerais sans hésiter sa rage de vaincre. J’ai parfois presque trop de respect pour mes concurrents, parce que je connais tout le travail nécessaire derrière un cheval et un parcours réussi. Je peux facilement me dire que les autres méritent aussi de gagner. Éléa, lorsqu’elle entre sur le terrain, elle veut gagner. C’est une vraie force. J’aimerais réussir à lui prendre un peu de cela : pendant une minute trente, oublier ce que les autres méritent et me dire simplement : “Aujourd’hui, c’est moi qui veux gagner.” »
Deux disciplines, un même ADN sportif
Éléa et Jade évoluent dans deux mondes que tout semble opposer. L’une avance au cœur d’un collectif, l’autre construit sa performance avec un partenaire qui ne parle pas, mais dont elle doit comprendre chaque réaction.

Photo : Pénélope Padula
Pourtant, derrière le bruit des tribunes et le silence des paddocks, elles partagent la même détermination, le même goût de l’effort et le même soutien familial.
Deux trajectoires prometteuses, deux personnalités complémentaires et un même ADN sportif qui n’a pas fini de faire vibrer la famille Métrailler.
Texte : Stéfanie Rossier
Photo du haut de page : Vincent Métrailler
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