De Monthey aux sommets : l’horizon de Christine Suard

Du désert texan aux courts de Leysin, des sentiers du SwissPeaks aux prochains horizons norvégiens, Christine Suard n’a jamais vraiment appris à rester en place. Joueuse, entraîneuse, éducatrice et aventurière, la Montheysanne avance avec une même boussole : transmettre, se dépasser et ne jamais laisser l’horizon lui dicter ses limites.

Du Valais au Texas : l’horizon élargi

Il y a des destins qui s’écrivent en diagonale, entre la rigueur géométrique des lignes de fond et la ligne d’horizon indomptable des crêtes. Pour Christine Suard, tout commence dans l’écrin protecteur mais un temps trop étroit de Monthey. Ses jeunes années valaisannes dessinent un cadre montagnard magnifique, mais dont l’esprit, à l’époque, lui paraissait encore enfermé dans ses propres barrières de roche.

Le véritable basculement a lieu en l’an 2000. Une bourse sportive l’arrache à ses repères familiers pour la propulser de l’autre côté de l’Atlantique, au cœur de l’immensité du désert texan.

Là-bas, sous le soleil cuisant de Laredo et sur les courts de la Florida International University, c’est autant l’âme que la joueuse qui s’ouvre en grand. Elle découvre la foi américaine en l’avenir, cet optimisme solaire et cette capacité innée à valoriser chaque individu.

En retour, elle offre sa rectitude helvétique, ce mariage de discipline, de roc et d’humilité. De cette double empreinte, elle fera son viatique d’éducatrice : savoir exiger l’excellence tout en enveloppant l’enfant d’un écrin bienveillant, persuadée que le premier grand déclic de la réussite est simplement de comprendre que l’on a de la valeur.

La carte du monde et la passion de Leysin

De Dubaï à Saint-Moritz, de l’Europe aux confins dorés des Émirats, son parcours ressemble à une grande carte géographique du monde et de la transmission.

À Leysin, aux côtés de sa garde rapprochée, elle a un jour fait le pari un peu fou d’ériger une pépinière de tennis d’élite au plus près du ciel. En pionniers inspirés par un modèle américain visionnaire, ils ont fait de la station un laboratoire vivant pour les plus jeunes, bien avant que le programme national ne voie le jour.

Et si de regrettables errances de gestion ont fini par éroder ce joyau alpin et fissurer le rêve d’une station tennistique de pointe, elles n’ont jamais pu consumer la passion.

Car ce qui fait avancer Christine Suard, par-delà les classements nationaux et les souvenirs lumineux des championnes qu’elle a guidées — de l’intelligente et tenace Émilie Lugon-Moulin à la rigoureuse Teodora Vukojevic —, c’est une grammaire bien plus simple.

C’est le sourire d’un enfant qui découvre le plaisir de se dépenser, loin de l’implacable tyrannie du score.

La montagne sans filet

Et puis, il y a la montagne, la vraie, celle qui n’a ni filet ni ligne de touche.

Après avoir apprivoisé les sables du Sahara, c’est le SwissPeaks Marathon qui l’a happée un 5 septembre : quarante-six kilomètres de sentiers, près de deux mille cinq cents mètres de dénivelé positif entre Morgins et Le Bouveret, et neuf heures d’une longue et belle méditation en mouvement.

Sur les crêtes, point d’adversaire à toiser de l’autre côté du filet. Juste elle, ses pensées, la solidarité fraternelle des coureurs et des bénévoles, et la beauté nue des paysages.

Dans ce tête-à-tête avec l’effort, l’ancienne compétitrice a trouvé une forme de paix plus intime, un espace de liberté pure où l’on ne peut pas tricher avec la pente.

Toujours un temps d’avance

L’immobilité ne sera jamais son rivage. Car pour elle, vivre, c’est toujours courir un temps d’avance, aller chercher l’inconnu pour s’y révéler tout entière.

Sur les courts du Club Veveysan, où elle insuffle son énergie depuis six ans, le feu de la compétition collective brûle de plus belle : la saison prochaine, la LNB 30+ et l’ambition d’une montée en LNA font déjà battre les cœurs.

Et par-delà les raquettes, les sentiers du monde continuent de s’ouvrir devant elle, avec pour plus fidèle alliée cette liberté qu’elle chérit tant. Demain, ce sont les horizons sauvages de Tromsø, en Norvège, qui l’appellent pour un nouveau défi.

Toujours avancer, toujours découvrir, toujours repousser un peu plus loin l’horizon.

Texte : Stéfanie Rossier

Photos : SwissPeaks, Shelley Lugon-Moulin

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