Si vous n’arrivez pas à prononcer son nom polonais, il se reconnaîtra sans doute sous le surnom de « Andji ». Figure emblématique du monde du hockey sur glace, bien au-delà de notre petit Chablais, il est à l’origine de la formation de nombreux joueurs de la région.
Une vie entièrement dédiée à la passion du sport d’équipe le plus rapide du monde. Ancien joueur professionnel, il relève aujourd’hui un nouveau défi : celui d’entrepreneur, toujours guidé par son amour du hockey.
Portrait
Retour sur un parcours atypique
Originaire de Pologne, André Svitac s’appelait alors Andrzej Swistak. C’est lors de sa participation aux Championnats du monde de hockey des moins de 20 ans en 1983 à Anglet (France) que sa vie bascule.
Durant ce tournoi, lui et l’un de ses coéquipiers prennent conscience des difficultés auxquelles ils sont confrontés dans leur pays et imaginent un avenir différent s’ils évoluaient en France.

Le moment est décisif. Après le tournoi, les deux amis prennent une décision radicale : ils ne rentrent pas en Pologne et n’embarquent pas dans l’avion du retour avec leur équipe. À la place, ils retournent à la patinoire d’Anglet, où une famille polonaise les attend. Après une succession d’aventures aussi incroyables que risquées, ils obtiennent la nationalité française quelques années plus tard, sous leurs nouveaux patronymes.
De l’ombre à la lumière
Cette décision de ne pas rentrer au pays provoque une onde de choc. André doit faire face à des réactions virulentes et réalise surtout qu’il ne reverra pas sa famille avant longtemps. Il faut dire qu’il était alors l’un des plus grands espoirs du hockey polonais et avait déjà signé un contrat avec un grand club.
Conséquence directe : les deux « fugueurs » sont radiés de l’équipe nationale et suspendus en France pour une durée de huit ans.
Ingénieux et déterminés, ils traversent la frontière espagnole et deviennent champions avec le club de San Sebastián. Ce n’est qu’avec la chute du mur de Berlin, en 1990, qu’André est rappelé pour défendre à nouveau les couleurs de son pays. Juste à temps pour participer aux Jeux Olympiques d’Albertville en 1992, ainsi qu’aux Championnats du monde à Prague la même année.
Un palmarès impressionnant pour un départ aussi incertain.

Une carrière au service du collectif
D’Anglet au Havre, en passant par Gap, Bordeaux, Reims, Toulouse et Lyon, le Franco-Polonais démontre au fil des années une dévotion sans faille pour le hockey, sur la glace comme derrière le banc.
La formation des jeunes a toujours été au cœur de ses priorités.
Il range ses patins en 2004, puis reprend en 2008 les rênes des Rapaces de Gap, pour sa première expérience à la tête d’une équipe première. L’objectif est clair : faire remonter le club en Ligue Magnus. Mission accomplie avec succès : le titre est remporté et les Rapaces accèdent à l’élite… qu’ils n’ont plus quittée depuis. Un parfait exemple de ce que l’on appelle désormais « l’effet Svitac ».
La conquête helvétique
En 2010, « Andji » s’installe en Suisse et rejoint le Villars HC, alors en 1re ligue, où il s’occupe également du mouvement junior. Après trois saisons, il s’engage avec le HC Monthey-Chablais, où il occupe durant dix ans le poste de directeur technique.
Une période marquée par un travail colossal en faveur de la formation des jeunes, notamment à travers la structure sport-études.
Aujourd’hui, il est responsable technique au HCV Future de Martigny et entraîneur principal des U14 élites.

Un nouveau projet, toujours la même passion
Mais surtout, à bientôt 63 ans, André Switak se lance dans un nouveau projet afin de continuer à transmettre sa passion de la glace.
Dans un prochain article, nous le retrouverons à la patinoire de Bex, au sein de Mov’it Hockey, pour évoquer son concept et ses ambitions.
Texte :Julia Delattre
Photos : Archives André Svitac