Trente mille spectateurs, plus de 200 bénévoles et trois jours de spectacle au-dessus du Léman : l’AcroShow 2026 a une nouvelle fois fait rêver Villeneuve. Mais derrière cette réussite se cache une organisation confrontée à des exigences toujours plus importantes.
Entre la menace de la Vaudaire, l’apparition magique d’un dirigeable et les premières réflexions autour de 2027, le cofondateur Yvan Curdy raconte les coulisses d’un événement aussi spectaculaire que fragile.
Sur les quais de Villeneuve, le public a vu des pilotes défier les lois de la gravité, des voiles tournoyer au-dessus du lac et un imposant dirigeable glisser lentement dans le ciel.
En coulisses, pourtant, l’AcroShow 2026 s’est joué sur un autre terrain : celui de l’anticipation, de la sécurité et de l’engagement de centaines de bénévoles. Car pour offrir quelques minutes de magie aux spectateurs, il faut parfois traverser de longues heures d’incertitude.
Quand la Vaudaire fait courir toute l’organisation
Vendredi, le ciel a brutalement rappelé qu’il restait le seul véritable maître du spectacle. En se levant sur le Léman, la Vaudaire a contraint les organisateurs à interrompre immédiatement tous les vols.
Pour le public, l’épisode pouvait sembler impressionnant. Pour l’équipe de l’AcroShow, la situation était beaucoup plus sérieuse.
« Nous avons craint que des tentes ne s’envolent et que certaines structures, notamment la sonorisation, ne tombent », raconte Yvan Curdy.

Tandis que les spectateurs demeuraient sur le site, profitant d’une température encore clémente, les responsables de l’infrastructure se sont mobilisés dans l’urgence.
« Notre équipe a couru dans tous les sens pour sécuriser la zone. Heureusement, tout s’est finalement bien passé. »
Derrière le soulagement, la crainte d’une interruption durable, voire d’une annulation, a bel et bien traversé les esprits. Quelques heures plus tard, les vols pouvaient reprendre et la fête retrouver son rythme. Mais cette alerte aura rappelé toute la vulnérabilité d’une manifestation entièrement dépendante des éléments.
Un géant silencieux au-dessus du Léman
Parmi les nombreuses performances proposées, Yvan Curdy retient particulièrement la grande nouveauté de cette édition : l’apparition d’un dirigeable dans le ciel de Villeneuve.
À l’opposé de la vitesse fulgurante des wingsuits et des rotations extrêmes des parapentistes, le gigantesque appareil a imposé sa lenteur et offert au public un spectacle presque irréel.
« Ce gros engin très lent est magique à observer d’aussi près. Il a été particulièrement apprécié du public », souligne le cofondateur.
Le pari était audacieux, mais il a parfaitement fonctionné. Par sa taille, son silence et sa lente progression au-dessus du lac, le dirigeable a apporté une respiration poétique au milieu de trois journées placées sous le signe de la vitesse et de l’adrénaline.

Plus de 200 bénévoles pour rendre le rêve possible
Avec quelque 30 000 spectateurs réunis en trois jours, l’AcroShow a une nouvelle fois confirmé son immense pouvoir d’attraction. Mais la plus grande fierté du comité ne se trouve pas uniquement dans les chiffres de fréquentation.
Elle réside surtout dans la fidélité des plus de 200 bénévoles qui, année après année, donnent de leur temps pour permettre à l’événement d’exister.
« Le fait qu’ils viennent et reviennent nous fait penser qu’ils aiment réellement cette manifestation et qu’ils ont envie d’appartenir à cette grande famille », se réjouit Yvan Curdy.
Accueil, sécurité, infrastructures, restauration, logistique ou encadrement des pilotes : loin des regards, cette armée de passionnés constitue le véritable moteur de l’AcroShow.
Sans elle, aucune aile ne pourrait prendre son envol au-dessus de Villeneuve.

Le choix de rester une aventure humaine
Le succès grandissant de la manifestation pourrait inciter ses responsables à franchir un nouveau cap et à professionnaliser son organisation. Ce n’est pourtant pas la voie privilégiée par le comité.
« Nous pouvons toujours tout améliorer, mais le bénévolat a ses limites. Comme nous ne voulons pas professionnaliser cet événement, il y aura toujours des choses à perfectionner », reconnaît Yvan Curdy.
Ce choix préserve l’identité et l’esprit familial de l’AcroShow, mais il impose également de trouver un équilibre de plus en plus délicat. Jusqu’où peut-on développer un événement de cette importance sans épuiser les personnes qui le portent ?
Derrière la réussite populaire de 2026 se dessine ainsi une question essentielle : comment continuer à grandir tout en restant fidèle à cette aventure humaine ?
Des exigences qui deviennent toujours plus lourdes
La réponse ne dépend pas uniquement du comité. Chaque édition doit composer avec des obligations sécuritaires et administratives toujours plus exigeantes.
Yvan Curdy ne cache pas son inquiétude :
« Il devient chaque année plus difficile d’organiser une telle manifestation. Malgré la motivation indéfectible du comité, une certaine fatigue pourrait se faire sentir si les exigences continuent à augmenter. »
Ces mots tranchent avec les images de fête et de liberté offertes durant le week-end. Ils constituent pourtant le véritable enseignement de ce bilan : le succès de l’AcroShow ne doit jamais faire oublier la fragilité du modèle sur lequel il repose.

Déjà des idées pour 2027
Malgré les difficultés, pas question pour Yvan Curdy et son équipe de ranger définitivement les voiles. L’édition 2027 occupe déjà les esprits et quelques nouvelles idées commencent à germer.
« C’est aussi cela, la magie de l’AcroShow : ne jamais dire non à une nouvelle idée ! »
Le cofondateur n’en dévoile pas davantage. Le secret reste bien gardé, mais l’envie de surprendre demeure intacte.
Après avoir fait planer un dirigeable au-dessus du Léman, que pourra encore imaginer l’équipe de l’AcroShow ? La réponse viendra peut-être en 2027, à condition que les bénévoles, les partenaires et les autorités continuent de permettre à ce rêve collectif de prendre son envol.
Préserver ceux qui font voler l’AcroShow
Les pilotes ont quitté Villeneuve, les moteurs se sont tus et les quais ont retrouvé leur calme. Mais derrière les souvenirs spectaculaires de cette édition demeure une réalité moins visible.
L’AcroShow ne repose pas seulement sur l’audace de celles et ceux qui s’élancent dans le ciel. Il dépend aussi de l’engagement de plus de 200 personnes restées au sol pour les accompagner.

Le plus grand défi des prochaines années ne sera donc peut-être pas d’imaginer une figure encore plus impressionnante ou une nouvelle attraction spectaculaire. Il consistera surtout à protéger cette formidable famille de bénévoles et à lui conserver l’envie, la force et la liberté de continuer à faire rêver Villeneuve.
Texte : Alexandra Grondin
Photos :Yann Allisson, Damien Tornare et Jonathan Moreau.
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