La Liennoise restera dans l’histoire comme la première équipe à avoir remporté les Interclubs féminins valaisans. Mais au terme d’une journée où presque tout s’est joué jusqu’à la dernière triplette, la victoire la plus importante était peut-être ailleurs. À Riddes, les joueuses ont démontré qu’une compétition pensée par et pour les femmes avait toute sa place dans la pétanque valaisanne.
Jusqu’à la dernière boule
Pour une première, difficile de rêver meilleur scénario.
Les finales organisées à Riddes ont offert du suspense pratiquement jusqu’au bout de chaque rencontre. Dans la première demi-finale, Riddes et la Noble-Contrée étaient encore à égalité 2-2 après les doublettes. Les joueuses de Riddes prenaient ensuite l’avantage 5-3 à l’issue des tête-à-tête, avant de décrocher leur qualification pour la finale grâce à la triplette décisive : victoire 8-3.
Dans l’autre demi-finale, Les Cadets 2 et La Liennoise ne parvenaient pas davantage à se départager : 2-2 après les doublettes, puis 4-4 après les tête-à-tête. Tout allait donc, là encore, se décider lors de la triplette. La Liennoise ne laissait cette fois planer aucun doute et s’imposait 13-1 pour rejoindre Riddes en finale.

Partie très disputée entre Riddes et Noble-Contrée
Après une pause repas préparée par les membres du club de Riddes, les quatre équipes repartaient au combat.
Et le suspense n’avait visiblement pas l’intention de quitter les terrains.
La Liennoise entre dans l’histoire
Dans la petite finale, Les Cadets 2 et la Noble-Contrée étaient toujours dos à dos après les doublettes (2-2), puis après les tête-à-tête (4-4). Une troisième triplette décisive dans la même journée !
Les Cadets 2 finissaient par prendre le dessus 13-5 et décrochaient ainsi la troisième place.
Restait alors à désigner la toute première championne des Interclubs féminins valaisans.
Face à Riddes, La Liennoise terminait les doublettes sur un score de 2-2 avant de prendre une courte avance, 5-3, après les tête-à-tête. Mais rien n’était encore joué.

Les Cadets et la Liennoise très concentrées
Une ultime triplette allait décider du titre.
Et quelle ultime partie ! Riddes s’est accroché jusqu’au bout, mais La Liennoise a finalement fait la différence dans les derniers instants pour s’imposer 13-10.
La Liennoise devenait ainsi la première équipe à inscrire son nom au palmarès des Interclubs féminins valaisans.
Une idée qu’il fallait oser défendre
Mais réduire cette journée à un classement serait passer à côté de l’essentiel.
Car avant les boules décisives, les sourires et la remise des prix, il avait d’abord fallu croire à cette compétition.
Les Interclubs mixtes, créés autrefois par le père d’Isabelle Galloni, prévoyaient déjà la présence d’au moins une femme et un homme dans chaque équipe. Isabelle a voulu pousser l’idée plus loin en imaginant une compétition entièrement féminine.
Sans savoir, au départ, combien d’équipes répondraient présentes ni comment cette aventure serait accueillie.

Les organisatrices peuvent avoir un large sourire
« Il y a parfois des idées qui valent d’être défendues et celle-ci en était bien une », résume la co-responsable des Interclubs féminins.
Au fil des rencontres, elle a découvert une dimension qu’elle avait elle-même sous-estimée : celle des relations créées entre les joueuses, de l’entraide envers les débutantes et de ces adversaires que l’on apprend à connaître autrement.
Car donner davantage de place aux femmes, c’était aussi leur permettre de décider.
Choisir. Prendre des initiatives. Se tromper parfois. Réussir souvent. Et surtout jouer sans devoir attendre qu’un homme leur indique la marche à suivre.
« Les femmes avaient d’autres choses à faire… »
L’histoire aurait pourtant pu s’arrêter avant même de commencer.
Lorsque le projet a été présenté aux clubs, tous n’ont pas accueilli l’idée avec le même enthousiasme.
Isaline Bruchez, co-responsable de la compétition, se souvient même d’une réaction particulièrement révélatrice : certains estimaient que « les femmes avaient d’autres choses à faire que de jouer à la pétanque plusieurs fois par semaine ».
Plutôt que de renoncer, les organisatrices ont alors choisi une solution toute simple : demander directement aux principales intéressées.
Aux femmes.
Certaines sociétés possédaient suffisamment de joueuses pour constituer immédiatement une équipe. D’autres ont hésité avant de se lancer. Des clubs ont même uni leurs forces pour pouvoir participer.
Et une fois les boules lancées, la réponse est venue des terrains.
Les joueuses étaient là. L’envie aussi.

Toutes les participantes sont heureuses de la réussite de cette première édition
Prendre sa place pour progresser
Pour Georges Galloni, président du Club de Pétanque de Riddes et organisateur de cette journée finale, l’enjeu dépassait lui aussi largement le résultat.
Permettre aux joueuses de prendre leurs propres responsabilités et de devoir s’affirmer individuellement représente, selon lui, une excellente manière de progresser.
Son constat débouche même sur une réflexion qui mérite que l’on s’y arrête.
Dans une pétanque suisse qui peine à attirer et fidéliser les jeunes générations, « peut-être devrions-nous envisager que la femme est l’avenir de la pétanque ».
Une phrase forte. Mais après cette première saison, elle ne paraît déjà plus si audacieuse.
Des adversaires devenues connaissances
Les témoignages des participantes racontent d’ailleurs peut-être mieux que les chiffres la réussite de l’expérience.
Nicole Joly, du Club de la Fontaine, reconnaît qu’elle n’était initialement « pas très enthousiaste » à l’idée de participer. Après avoir disputé les deux dernières rencontres, son regard avait changé : elle en retient finalement une expérience très sympathique.
Sa coéquipière Christianne Mariller met, elle, l’accent sur les rencontres humaines :
« J’ai beaucoup apprécié les échanges avec les autres pétanqueuses. J’ai appris à connaître des joueuses que je n’avais encore jamais côtoyées. »
C’est probablement là que cette première édition a remporté sa plus jolie partie.
Faire jouer les femmes, évidemment. Mais également leur permettre de se rencontrer autrement, de prendre confiance et de construire leur propre espace au sein de leur sport.

Les deux équipes finalistes pour une photo historique
La première d’une longue série ?
Adine Germanier, elle aussi co-responsable des Interclubs féminins, dresse un bilan sans détour : retours très positifs, bon niveau de jeu, fair-play et bonne humeur.
Et surtout une envie : recommencer la saison prochaine.
La soirée s’est achevée autour d’une fondue et de la remise des prix. La Liennoise pouvait savourer son titre. Riddes sa deuxième place. Les Cadets 2 leur troisième rang. Et l’ensemble des participantes cette première page d’une histoire qu’elles venaient d’écrire ensemble.
Quelques mois auparavant, personne ne savait vraiment où cette nouvelle compétition allait mener la pétanque féminine valaisanne.
À Riddes, une première réponse est tombée.
Jusqu’à la dernière boule, les femmes ont joué pour gagner. Après la dernière boule, elles avaient peut-être gagné bien davantage : leur compétition avait désormais une histoire.
Texte : Macha et Isabelle Galloni
Photos : Adine Germanier
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